Voix d’une entraîneuse débutante de gymnastique

Une jeune entraîneuse de gym de 23 ans dans un club du Sud de la France revient sur son expérience assez récente de coach et nous confie son ressenti sur son parcours et sa vie depuis qu’elle a commencé à entrainer.

Par: - Spond
Dernière mise à jour: 2019-11-28T06:37:36.0000000Z

Bonjour, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Bonjour, je m’appelle Antonella, j’ai 23 ans et je suis entraineuse depuis 5 ans. Avant de devenir entraîneuse j’ai eu la chance d’être gymnaste de performance. Cependant, j’ai dû stopper le sport de haut niveau à cause d’une blessure aux ligaments croisés qui m’a empêchée d’aller plus loin dans mon parcours. Après une tendance à vouloir faire des études dans d’autres secteurs, j’ai dû me rendre à l’évidence : le sport et principalement la gym et l’effervescence qui tourne autour du domaine sportif me manquaient. Du coup, j’ai pris des informations pour revenir dans l’univers du sport en tant que coach. J’ai eu la chance de trouver rapidement un club qui m’a permis de me lancer.


Et concrètement, quelle formation avez-vous suivi ?

Dans un premier temps, comme je n’étais pas tout à fait sûre de mon choix de carrière, j’ai effectué une formation d’animateur initiateur, qui n’est pas une formation obligatoire mais qui permet d’acquérir une certaine connaissance pédagogique et qui peut être valorisante pour une personne qui souhaite commencer son parcours comme bénévole. Ensuite, j’ai passé le BPJEPS en 2 ans. Aujourd’hui, je m’oriente vers un DEJEPS.

Justement, vous étiez sportive et maintenant vous êtes entraineuse, comment avez-vous gérer ce changement ?

Ce n’est pas toujours évident de passer de l’un à l’autre. D’un côté, la compétition me manquait, de l’autre j’avais tendance à essayer de faire comme mon ancien entraineur et j’ai eu besoin de prendre mes marques avant de vraiment commencer à faire mes preuves.


Comment avez-vous réussi à trouver votre style ?

Avec l’expérience du terrain. En effet, entre la théorie, la pratique et le terrain, lorsqu’on est seul avec un groupe, on s’aperçoit souvent qu’il ya un monde et on ne peut vraiment savoir comment réagir avant d’y être réellement confronté.


Du coup, pour vous, que faut-il pour être un bon entraîneur pour jeunes ?

Je pense que pour être bon dans son travail, il faut être un passionné dans sa discipline et il ne faut pas compter ses heures et il faut s’investir. Entrainer, ce n’est pas juste un travail. C’est une implication personnelle et surtout de belles rencontres qui nous aident à devenir chaque jour plus performant. Je pense qu’avec le temps, l’expérience et les rencontres avec d’autres coachs plus gradés et un entraineur passionné ne peut que devenir meilleur.


Vous êtes toute jeune, vous êtes amenée à encadrer quelle tranche d’âge ?

Avec mon diplôme actuel, j’ai le droit d’entrainer toutes les tranches d’âge et à plein temps, ce que d’autres diplômes n’offrent pas forcément comme possibilité.


Alors justement, entrainer des adolescents pour certains entraineurs qui n’ont pas forcément d’expérience parait assez intimidant. Qu’en est-il pour vous ?

Il est vrai qu’entrainer un groupe d’adolescents surtout lorsque l’on est soi-même jeune représente un défi. Mais il faut aussi reconnaitre qu’il s’agit de cas par cas. Certains adolescents vont avoir tendance à vous prendre pour une copine alors que d’autres vont tout de suite comprendre quelle est votre fonction. En règle générale, je mets une barrière assez rigoureuse et ne m’autorise que peu de moments de loisirs. Rire durant l’entrainement est une chose mais mieux vaut mettre des limites claires et ne pas copiner. Il faut s’imposer comme adulte et non comme l’un des leurs.


Vous êtes donc amenée à entrainer des enfants, des ados et vous êtes donc en rapport avec leurs parents, comment se passe cette interaction ?

Ouh, vaste sujet ! En fait, il y a plusieurs types de configurations. Mais j’ai remarqué que beaucoup de parents faisaient faire de la gym à leur enfant parce qu’ils voulaient en faire quand ils étaient jeunes et du coup ils se projettent un peu trop en espérant que leur enfant devienne en peu de temps des stars de la poutre. Ils ont du mal à comprendre que tous les enfants n’ont pas les mêmes dispositions et que même si la gym permet aux enfants de développer de vraies capacités, ils ne seront pas tous champions olympiques.


Du coup comment gérez-vous la communication avec les parents ?

Normalement, ce sont les dirigeants qui doivent gérer les parents. Moi en tant qu’entraineur j’impose que les parents ne soient pas présents durant les entrainements, car cela peut vite devenir dangereux durant les séances. Vous imaginez un ou une sportive sur la poutre qui en plus de devoir se concentrer sur son exercice doit en plus écouter les conseils de papa ou maman ? Ce n’est pas possible, voire même dangereux. Je pense qu’il faut agir avec les parents comme avec les enfants et s’imposer d’entrée de jeux. Et surtout, il faut se mettre d’accord avec les dirigeants du club pour qu’il y ait une réunion en début d’année durant laquelle on explique aux parents comment ça marche et surtout s’il y a un conflit ou un problème avec un parent, voir avec eux. Ensuite, il ne faut pas prendre ce que disent les parents au pied de la lettre.


Justement, vous disiez que beaucoup de parents voulaient voir leurs enfants en compétition. Mais d’après vous, peut-on fabriquer un champion ?

Je ne crois pas qu’en gym du moins on puisse « créer » un champion. Il faut des aptitudes et un mental pour réussir.Sur 30 enfants dans un groupe, en les entrainant tous intensément, tous n’arriverontpas à un niveau Olympique, certains oui, mais pas tous.

 

 

 

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