Débat : Jeu de tête, est-ce vraiment dangereux ?

De plus en plus d’études suggèrent que le jeu de tête au football entraîne des anomalies cérébrales temporaires. Le sujet a déjà été lancé dans d’autres sports tels que la boxe, le football américain ou le rugby, mais le football est maintenant aussi concerné. Alors est-ce vraiment dangereux ? Quels sont les symptômes constatés ? Faut-il interdire ou limiter le jeu de tête ?

Une étude parue en avril 2018 dans Frontiers in Neurology menée pendant 2 semaines auprès de 308 joueurs par le neurologue Micheal Lipton souligne que le jeu de tête est associé de manière significative à une performance médiocre lors de l’exécution de tâches liées à l’attention et à la vitesse psychomotrice. C’est également très significatif lors des exercices de mémoire. Ces symptômes apparaissent très rapidement après le coup de tête. « Ces changements aigus semblent transitoires, les valeurs se normalisant 24h après le coup de tête » selon Ebiomedecine.

La collision entre le ballon arrivant à pleine vitesse et le crâne du joueur de football provoquerait un léger traumatisme crânien nommé «sous-commotion cérébrale ». C’est un phénomène qui peut devenir dangereux s’il est répété et qui est à éviter pour des cerveaux en pleine croissance. Il peut mener à une commotion cérébrale, soit un dysfonctionnement temporaire du cerveau suite à un choc ou autre. Quels sont les signes d’un début de commotion cérébrale ? Des troubles de l’équilibre, le vertige, des vomissements, les inaptitudes à la parole, les maux de tête, la vision floue, la perte de repères spatiaux-temporels, la perte de connaissance, les amnésies, les distractions, ou encore des regards vides.


Les femmes seraient plus concernées

Les femmes sont-elles plus à risque que les hommes ? Une étude américaine réalisée sur un échantillon d'une centaine de joueurs et joueuses et publiée dans la revue Radiology démontre que ces lésions cérébrales seraient plus conséquentes chez les femmes que chez les hommes. « Selon notre étude, qui a mesuré de façon objective les modifications du tissu cérébral plutôt que des symptômes auto-déclarés, les femmes semblent être davantage disposées à souffrir d'un traumatisme cérébral en frappant un ballon de football de la tête ». L'étude est, comme toujours, à prendre avec des pincettes. Elle ne donne pas d’explications concernant ces différences. Les causes peuvent être diverses : la résistance du cou, les hormones sexuelles ou à la génétique. Avant de tirer toutes conclusions, il serait bon d’identifier les facteurs qui se cachent derrière les lésions cérébrales afin de prévenir les traumatismes et d’optimiser la récupération.


Et les enfants ?

Aux États-Unis, la Fédération américaine US Soccer a décidé en 2015 que les enfants âgés de 10 ans et moins seraient interdits de jouer de la tête. Concernant les jeunes footballeurs âgés de 11 à 13 ans, le nombre de têtes est limité (à l'entraînement comme en match). Verrons-nous bientôt les enfants privés de jeu de tête en France ? Pour commencer, ne soyons pas trop alarmistes. Il ne faut pas empêcher les enfants de pratiquer le football, le rugby ou d'autres sports même de combat. Rappelons-le, la pratique sportive a plus de bienfaits que de méfaits sur le corps, concernant les enfants comme les adultes !


Plutôt que de mettre en place des actions radicales, des mesures de précaution sont à appliquer. Comme nous l’avions déjà mentionné dans notre article Comment améliorer son jeu de tête, il est conseillé d’utiliser un ballon en mousse ou des ballons légers (ne pas les gonfler jusqu’à ce qu’ils soient durs), de commencer avec des ballons lancés à la main, d’intégrer des exercices de renforcement musculaire du coup et du dos et d’enseigner progressivement les bonnes techniques afin d’éviter les blessures.

Les exercices de jeu de tête doivent également rester peu fréquents voir exceptionnels pour les plus jeunes. C’est un bon moyen de prévention afin de protéger les enfants des impacts dommageables à long terme, sans priver les jeunes joueurs du jeu de tête.


Prévention et précautions

Depuis l’année dernière, des mesures sont mises en place par l’UEFA et la FFF pour avancer sur le sujet : « Aujourd’hui, on ne connaît pas les conséquences des sous-commotions. Et en l’absence de certitudes, il est hors de question de fermer les yeux sur le sujet. La commission médicale de l’UEFA a donc lancé en 2018 un projet de recherche dans les équipes juniors », indique Dr Emmanuel Orhant, directeur médical de la Fédération Française de Football. Aujourd’hui la FFF prend des mesures en faveur de la détection et du diagnostic rapide des commotions cérébrales : « Dans les clubs professionnels, les médecins ont l’obligation de déclarer tous les cas. Les joueurs commotionnés doivent consulter l’un des 20 spécialistes référents FFF et LFP, dont font partie le Dr Chermann et le Pr Dehail dans les 3 jours. Une seconde visite doit être réalisée chez le même expert pour que le joueur puisse retourner sur le terrain. Un protocole mis en place cette année qui devrait sensibiliser les clubs amateurs, espère le directeur médical de la FFF. »


Le football (professionnel comme amateur) peut également prendre exemple sur les autres sports concernés, comme le rugby. En 2016 la fédération internationale a instauré le "protocole commotion" : après un choc considéré trop violent, la victime doit se soumettre au protocole et répondre à des questions basiques sur le lieu et le moment du match, son nom et sa date de naissances, le nom de ses camarades, etc.


Le combo détection et mesures de précaution semble être un bon compromis pour ne pas voir disparaitre le jeu de tête et prendre au sérieux ces alertes médicales.

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